A la fin de la cérémonie d’ordinations à Gitega (Burundi)

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Mgr Ntamwana et Mgr Bouchard à Gitega

Son Exc. Mgr Simon Ntamwana, frère dans l’épiscopat,
Chers frères prêtres, anciens et nouveaux ordonnés,
Chers frères et sœurs, religieux et religieuses,
Vous tous frères et sœurs chrétiens présents à cette célébration… À vous tous et toutes, mes salutations fraternelles dans le Seigneur.

1. En vous écoutant tous chanter, y inclus Mgr Ntamwana, je me demandais si quelqu’un qui ne chante pas peut être évêque au Burundi ! Et en voyant la qualité de cette célébration, je comprends mieux maintenant pourquoi les prêtres burundais qui sont chez nous au Tchad trouvent nos célébrations austères ! Et si vous me demandez si j’ai eu de la joie à célébrer avec vous, je réponds « ego » (oui) !

2. Si je me trouve actuellement dans votre pays, c’est d’abord pour saluer et remercier l’Église de Gitega qui a permis que les sœurs Bene-Terezia soient présentes au Tchad depuis 40 ans, dont depuis 25 ans dans mon diocèse. Aux religieuses sont venus s’ajouter des prêtres pour nous aider dans notre travail apostolique : les abbés Révérien Claver et Jean Berchmans sont arrivés il y a trois ans, et Thierry Nduwabandi il y a un an. Que Mgr Ntamwana en soit remercié, ainsi que toute l’Église de Gitega.

3. Je suis profondément heureux que ma visite à Gitega coïncide avec les ordinations d’aujourd’hui, presbytérales et diaconales. Avec vous j’ai rendu grâce à Dieu pour le don de ces prêtres à votre Église mais je crois que ma présence parmi vous est aussi le signe que l’Église est une, bien qu’elle soit répandue partout à travers le monde. C’est la même Église de Jésus-Christ qui se trouve au Burundi et au Tchad. La différence c’est que votre Église est plus ancienne que la nôtre. Cela se constate par le nombre de vocations. À ce sujet je dis à Mgr Ntamwana qu’il est béni de dieu car en un seul jour il a ordonné exacte-ment le même nombre de prêtres diocésains (14) que moi depuis 33 ans que je suis évêque ! Sur ces 14 je vais en mettre 2 dans ma valise !

4. Ma venue au Burundi a aussi un objectif missionnaire. Je vais visiter plusieurs diocèses et congrégations religieuses, rencontrer des évêques et des supérieur(e)s majeur(e)s pour faire ce qu’on pourrait appeler de « l’animation missionnaire ».

Ma vie c’est d’être missionnaire. Originaire du Canada (Québec), membre d’une congrégation missionnaire, les Oblats de Marie Immaculée, j’ai passé ma vie au Tchad comme prêtre et évêque. C’est cette expérience missionnaire que je viens partager avec les chrétiens du Burundi. Je veux apprendre de vous mais je désire aussi vous apporter quelque chose. Je dirais même que je viens interpeller l’Église du Burundi au sujet de sa vocation missionnaire.

5. Vous avez beaucoup reçu au Burundi et il est écrit dans l’Évangile : « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage » (Lc 12,48). Vous avez reçu de la part du Seigneur, vous avez reçu de la part des chrétiens étrangers, vous avez reçu de la part des missionnaires qui vous ont apporté la Bonne Nouvelle. Cette Bonne Nouvelle annoncée et accueillie par vous a porté beaucoup de fruits. Il suffit de regarder vos communautés chrétiennes nombreuses et vivantes et la floraison de vocations pour s’en rendre compte. C’est à votre tour maintenant de donner ! La Bonne Nouvelle que vous avez reçue il faut la porter ailleurs. Vous n’avez pas le droit de la garder pour vous. Jésus a dit : « Est-ce que la lampe arrive pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? n’est-ce pas pour être mise sur son support ? » (Mc 4,21). La Bonne Nouvelle est arrivée chez vous il y a longtemps déjà, grâce à vous elle doit aussi arriver chez les autres qui ne l’ont pas reçue.

Danses burundaises6. Le Concile Vatican II a beaucoup insisté pour dire que l’Église est tout entière missionnaire et que le devoir de l’évangélisation est le devoir fondamental du Peuple de Dieu.

Le Concile a invité les chrétiens à opérer une profonde rénovation intérieure afin qu’ils comprennent bien quelle est leur responsabilité dans l’annonce de l’Évangile, d’abord dans leur propre pays mais aussi dans les autres pays. Je rappelle constamment aux chrétiens chez moi que l’Église ce n’est pas seulement l’évêque, les prêtres, les religieux et religieuses, les catéchistes, mais aussi tous les baptisés, chacun et chacune des baptisés. Vous avez la chance d’avoir beaucoup de prêtres, mais il ne faudrait pas que cela vous empêche de prendre vos responsabilités, vous fidèles chrétiens.

7. En ce qui concerne les prêtres, le Concile a aussi déclaré « qu’ils doivent comprendre que leur vie a été consacrée aussi au service des missions » (Ad Gentes nº 39). Si les prêtres et religieux et religieuses d’Europe et d’Amérique n’avaient pas quitté leurs pays pour venir en Afrique, comment la Bonne Nouvelle serait-elle arrivée?

Le Pape Paul VI a dit à Kampala en 1968: « Africains, soyez vos propres missionnaires. »

8. Comme la célébration a déjà beaucoup duré, je ne veux pas prolonger davantage. Je vous dis seulement, chers frères et sœurs, toute ma joie d’être avec vous dans ce beau pays qui, malgré les épreuves qui n’ont pas manqué, est béni de Dieu.

Je termine sur ces belles paroles du Concile qui concernent de manière particulière les évêques : « Tous les évêques ont été consacrés non seulement pour un diocèse, mais pour le salut du monde entier. En vertu de cette communion, chacune des Églises porte la sollicitude de toutes les autres ; les Églises se font connaître réciproquement leurs propres besoins, elles se communiquent mutuellement leurs biens, puisque l’extension du Corps du Christ est la fonction du Collège épiscopal tout entier. » (Ad Gentes, nº 38).

Merci frère évêque pour ton accueil chaleureux. Merci pour cette collaboration généreuse, présente et future, avec notre jeune Église de Pala et du Tchad. Que le Seigneur te bénisse et bénisse l’Église de Gitega. Amen.

† Jean-Claude Bouchard