« DU MONT DES OLIVIERS ILS S’EN RETOURNERENT A JERUSALEM » (Ac 1,12)

Écrit par Mgr Jean-Claude le .

Mgr Jean-Claude au pied du massif du Mont Rose C’est à Paris que j’écris le présent éditorial, de retour du massif du Mont Rose où j’ai passé trois semaines extraordinaires de vacances, grâce à un temps splendide, inhabituel à cette saison, au dire de tous. Peut-être que certains ou certaines se sont demandé ce qui me prenait tout à coup comme cela d’aller, à mon âge et sans entraînement, affronter les sommets du Mont Rose. La réponse est tout simplement que j’aime la montagne, que ce désir d’aller au Mont Rose était en moi depuis plus de vingt ans, et enfin qu’on sent parfois dans la vie le besoin de relever un nouveau défi. Et le Christ n’est-il pas allé souvent sur la montagne, surtout pour prier ? Sur un des dix sommets du Mont Rose qui culminent à plus de 4000 mètres, il y a une grande statue du Christ qui a donné son nom au sommet lui-même et qu’on appelle « Cristo delle vette » (Christ des sommets). Je voulais arriver au moins là, ne me faisant pas trop d’illusions sur mes capacités physiques, même après un certain temps d’entraînement. J’y suis arrivé et là-haut j’ai pu offrir au Seigneur notre Eglise de Pala. Par nécessité, ma prière fut brève car le guide, comme les anges aux apôtres après l’Ascension, s’est chargé de me rappeler (j’étais seul avec lui) qu’il fallait redescendre.

 

On dit que la montagne rapproche de Dieu. De fait la montagne occupe une place importante dans la Bible, comme lieu de révélation et de culte, de manifestation de Dieu et du Sauveur. Des épisodes-clés de la vie de Jésus surviennent sur la montagne et il s’y retirait pour prier. Mais il y a encore autre chose : on peut facilement faire le rapprochement entre les efforts fournis en montagne et le cheminement.

Dans la vie spirituelle. En montagne, la marche sur les sentiers arides et dans les rochers, les montées qui coupent le souffle et les jambes, conduisent à des sommets d’où la vue souvent extraordinaire et la joie de la victoire sur soi-même et sur la nature récompensent de tous les efforts. N’est-ce pas une sorte de mort et de résurrection ? En montagne on fait de petits pas et on monte lentement, mais on arrive à parcourir des distances extraordinaires. Combien de fois, lors des descentes, ne me suis-je pas dit : « Ce n’est pas possible qu’on ait monté tout cela ! ». Et pourtant oui. Quand je regarde en arrière mes nombreuses années passées au Tchad, je me fais la même remarque. Le secret c’est de mettre tous ses efforts dans les petits pas qu’on est en train de faire, sans regarder constamment au loin et sans vouloir aller trop vite. Jésus l’a d’ailleurs dit : « A chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6,34)

Mais maintenant il me faut redescendre du mont des Oliviers et retourner à ma Jérusalem, passer de 4000 à 400 mètres ! Cela va me changer de la neige qui me rappelait mon pays d’origine ! Le fait d’écrire cet éditorial pour le bulletin diocésain est le premier pas de mon retour au Tchad. Je sais que la chaleur humide de septembre m’attend. C’est d’ailleurs un des souvenirs les plus marqués de ma première arrivée au Tchad en septembre 1963 : la bouffée de chaleur humide qui m’a assailli lorsque je me suis présenté dans la porte de l’avion. Mais n’est-ce pas le prix à payer pour être missionnaire au Tchad ? Combien de fois j’ai pensé à notre Eglise lors de ce séjour en montagne ! Tous les jours j’ai prié avec et pour vous tous. J’ai eu aussi l’occasion de célébrer des eucharisties en paroisse et de fréquenter des prêtres, ce qui m’a permis de comparer la situation et le travail de nos différentes Eglises. Je ne peux pas entrer dans les détails, mais il faut avouer que les situations sont très différentes. Je peux cependant affirmer que le besoin de la Parole de Dieu est commun même s’il revêt des aspects différents. Et ça m’a fait plaisir quand l’abbé Fausto de Novara, autrefois dans notre diocèse, m’a dit qu’il s’était fortement inspiré de nos livrets de catéchèse du Tchad pour construire une catéchèse pour sa paroisse avec un groupe de laïcs. Nous pourrons aussi apporter notre expérience dans l’avenir pour les célébrations autour de la Parole de Dieu car avec la diminution du clergé les prêtres ne pourront bientôt plus multiplier comme maintenant les célébrations eucharistiques. Et il est certain que le passage sera rude car les chrétiens d’Italie seront d’autant plus réticents qu’ils ont été gâtés dans le passé.

En terminant je rappelle le travail que nous avons à faire en diocèse pour préparer l’assemblée diocésaine sur la Parole de Dieu l’an prochain. Et je vous dis ma joie de vous rejoindre pour faire encore un bout de chemin dans notre Eglise de Pala. Les vacances ne font pas de miracles mais j’espère que cette période de fatigue du corps, mais de repos de l’esprit, m’aidera à reprendre le collier avec courage. Bonne année pastorale à tous.

+ Jean-Claude Bouchard