L’ÉGLISE COMMUNAUTÉ DES TÉMOINS DE L’ÉVANGILE

Écrit par Mgr Jean-Claude le .

Michel Dumais en conférenceComme il avait déjà été annoncé dans le dernier « Église de Pala », notre Église à vécu du 24 au 27 janvier derniers une importante session pastorale sur la tâche missionnaire de l’Église. Vous pouvez trouver dans le présent bulletin un bref compte-rendu de cette session. Pourquoi une session sur un tel sujet ?

Nous nous considérons tous et toutes missionnaires mais, vu la grande diversité qui existe dans le personnel apostolique, n’y a-t-il pas le risque que chacun ait sa propre conception de la mission et qu’il ait tendance à considérer ses idées et sa propre expérience, ou celle de son Église d’origine, comme étant les meilleures sinon les seules vraies ? Comment favoriser entre nous une meilleure unité de vision et d’action au sujet de l’œuvre d’évangélisation sans retourner à la source de l’Église et de la mission, c’est-à-dire au Nouveau Testament qui nous parle de Jésus, le Christ, fondateur de l’Église, des Apôtres, les premiers missionnaires, et de la naissance des premières communautés chrétiennes ? Un retour aux sources et un renouveau sont indispensables, surtout à une époque comme la nôtre où l’Église semble souvent désemparée devant la tâche à accomplir. Elle a alors besoin de se renouveler dans sa raison d’être, qui n’est actuellement évidente ni pour les anciennes ni pour les jeunes Églises.

 

Depuis le concile Vatican II, nous savons, ou devrions savoir, que « de sa nature même, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire » (AG no 2). Le synode des évêques de 1974 sur l’évangélisation, n’a fait que reprendre cet enseignement avec plus de force et de précision : « Nous voulons confirmer une fois de plus que la tâche d’évangéliser tous les hommes constitue la mission essentielle de l’Église, tâche et mission que les mutations vastes et profondes de la société actuelle ne rendent que plus urgentes. Évangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Église, son identité la plus profonde (EN no14). Est-ce cela que nous avons en tête et dans le cœur, nous missionnaires d’aujourd’hui, peu importe notre pays d’origine ou notre expérience passée ?

En un certain sens, la session que nous venons d’avoir a anticipé le prochain synode des évêques. Elle se situait aussi dans le prolongement du dernier synode sur la Parole de Dieu que nous avons décidé d’actualiser par une Assemblée diocésaine qui aura lieu en octobre prochain et que je demande à tous de bien préparer. C’est toute l’Église en effet qui s’interroge aujourd’hui sur sa mission et sa tâche d’évangéliser et sur ce qu’elle a fait de la Parole de Dieu dans le passé. Si on parle de l’urgence d’une « Nouvelle Évangélisation », c’est que ou bien l’évangélisation a été

 

insuffisante ou pas vraiment faite, ou bien elle s’est arrêtée à un moment donné parce que « tous étaient chrétiens », ou encore parce que la foi a périclité et a fini par mourir dans certains milieux, ce qu’on appelle la déchristianisation.

Nous aurions tort, nous, de croire que l’évangélisation est faite dans notre continent parce qu’il y a 150 millions de baptisés et de nous contenter alors d’un simple « service pastoral », en faisant un peu de catéchèse (et quelle catéchèse parfois !) orientée vers le baptême et les sacrements, au détriment de la Bonne Nouvelle de Jésus, le Christ, fils de Dieu. Lors de

toutes les rencontres internationales d’Églises en Afrique on répète à satiété que l’évangélisation de notre continent a été et reste très superficielle, quand elle n’est pas déformée. Le christianisme est souvent comme une excroissance ou un ajout, qui influence peu la vraie vie, avec tout ce que cela représente.

« Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous aviez crucifié » (Ac 2,36). C’est le contenu de la première évangélisation. Comment les baptisés de notre Église comprennent-ils cette parole ? Que change-t-elle dans leur vie ? Sont-ils témoins de cette Bonne Nouvelle ? Et que veut dire « nouvelle évangélisation » pour nous, prêtres, religieux et religieuses, missionnaires dans l’Église de Pala ? Pourquoi et comment cette nouvelle évangélisation ?

Il nous faut aussi nous demander si nous ne sommes pas souvent en train de faire des chrétiens individuels, sans Église pour les accueillir et les accompagner, et sans qu’ils se sentent eux-mêmes vraiment d’Église. L’Évangélisation se fait en Église et par l’Église. Dans ce sens et pour clore ces réflexions, je cite ce beau texte de Paul VI : « Évangélisatrice l’Église commence par s’évangéliser elle-même. Communauté de croyants, communauté de l’espérance vécue et communiquée, communauté d’amour fraternel, elle (l’Église) a besoin d’écouter sans cesse ce qu’elle doit croire, ses raisons d’espérer, le commandement nouveau de l’amour. Peuple de Dieu immergé dans le monde et souvent tenté par les idoles, elle a toujours besoin d’entendre proclamer les grandes œuvres de Dieu qui l’ont convertie au Seigneur, d’être à nouveau convoquée par lui et réunie. Cela veut dire, en un mot, qu’elle a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile. » (EN no15) C’est une telle Église qu’il nous faut construire, malgré nos limites.

Plus que de nouvelle évangélisation, n’a-t-on pas surtout besoin d’une vraie première évangélisation et d’une évangélisation permanente, toujours à recommencer ? « Reste avec nous car le soir vient… et il entra pour rester avec eux » (Lc 24,29). Bon travail ensemble et avec lui.

 

+ Jean-Claude Bouchard