LA FOI, RÉPONSE À L’ÉVANGILE (Rm 1,1-5)

Écrit par Mgr Jean-Claude Bouchard le .

Tous nous trouvons que dans notre Église catholique romaine il y a beaucoup d’événements et d’occasions de célébrer quelque chose. En premier lieu, les synodes, soit pour l’Église universelle, soit pour les Églises particulières. En ce qui nous concerne il y en a eu trois en six ans : synode sur la Parole de Dieu, 2ème Synode pour l’Afrique, et le dernier sur la Nouvelle Évangélisation. À cela s’ajoutent les journées mondiales qui reviennent chaque année. Et finalement il y a encore les années consacrées à une intention particulière : année paulinienne, année sacerdotale, et pour l’année qui vient de commencer une Année de la foi que le Pape a promulguée officiellement et qui a commencé le 11 octobre dernier. À l’occasion de chacun de ces événements ou célébrations sont publiés des documents. Souvent nous nous posons la question : comment notre Église peut-elle arriver à suivre et faire bénéficier les communautés de fidèles de toute cette richesse ?

Mais malgré tout ce qu’on vient de dire, je crois qu’il nous faut porter une attention particulière à cette année de la foi. D’abord parce qu’elle est bien située à la suite des synodes sur la parole de Dieu et la Nouvelle Évangélisation, et aussi et surtout parce que je crois que notre Église a un grand besoin d’approfondir sa foi et de s’interroger sur sa façon de vivre à la suite du Christ. Cette année de la foi veut aussi souligner les cinquante ans du concile Vatican II (1962) et les vingt ans de la publication du catéchisme de l’Église catholique (1992).

 

Le rappel des anniversaires n’est pas l’essentiel. Ce qui importe c’est de nous interroger sur notre façon d’évangéliser car la foi au Christ est le fruit de l’annonce de l’Évangile. Il serait trop long de commenter ici le document du Saint Père « Porta Fidei » qui lance cette année de la foi. Je laisse à chacun le soin d’en prendre connaissance. Je voudrais plutôt dans ce bref éditorial attirer l’attention sur la foi selon la parole de Dieu et sur ce que nous pouvons faire pour mieux vivre cette année de la foi dans nos communautés malgré la surcharge de priorités que nous pouvons avoir. Plus que de chercher des solutions miracles, commençons d’abord par tirer parti des occasions qui existent déjà : par exemple, mettre en valeur la profession de foi à la messe, mieux soigner les homélies, intensifier la formation des catéchistes et autres responsables, avoir des programmes de retraites, assurer un meilleur suivi du catéchuménat, c’est-à-dire de la catéchèse et des différentes étapes, surtout la dernière étape de la préparation au baptême dont doit faire partie un sérieux commentaire adapté de la profession de foi. Voyez aussi en zone ou en paroisse quoi organiser en plus pour célébrer cette année.

Sans critiquer qui que ce soit, car le travail n’est pas facile, j’ai la conviction que nous ne voyons pas suffisamment la nécessité de la foi pour les futurs baptisés, ni pour les anciens d’ailleurs. Nous avons beaucoup réfléchi ces dernières année sur l’importance de la parole de Dieu, nous en avons fait « la » priorité de la vie et du travail de notre Église, mais à quoi sert la parole de Dieu si elle ne débouche pas sur une foi vivante au Christ que nous annonçons, une foi capable de changer la vie ? Et qu’est le baptême sans cette foi vivante ? Le baptême, dit l’apôtre Pierre, « n’est pas la purification des souillures du corps mais l’engagement envers Dieu d’une bonne conscience » (1 P 3,21).

Comme lecture et méditation bibliques, je recommanderais pour cette année de la foi une étude sérieuse de l’Epître aux Romains. Peut-être n’avons-nous pas tous les outils nécessaires, mais les notes des Bibles édition intégrale, comme la Bible de Jérusalem et la TOB, fournissent déjà un matériel très riche pour nourrir notre vie spirituelle, et pour étoffer nos homélies. Il y a aussi les cahiers Évangile et autres. On peut aussi s’aider les uns les autres en équipe. Par curiosité, je cite par exemple quelques extraits d’une seule note, rattachée au verset 10,9, de l’épître aux Romains dans la TOB. C’est déjà une riche catéchèse sur la foi. Voyez un peu :

  • la foi est la réponse à la Bonne Nouvelle du salut annoncée par les prédicateurs (Rm 10,14-15) ; ce message vient de Dieu et doit être reçu comme tel ;
  • l’objet propre de la foi est le mystère du Christ, le Christ lui-même (Rm 4,24) ; croire c’est répondre à l’Évangile du salut ; dans une certaine mentalité, l’objet de la foi n’est-il pas trop souvent encore au niveau des « vérités » et même du catéchisme ? Nous savons que ce fut un tort de notre Église à une certaine époque d’essayer d’annoncer le Christ avec le catéchisme au lieu de la Bible ; il en reste quelque chose. Selon le Nouveau Testament, on évangélise d’abord avec l’Évangile ; la catéchèse vient ensuite pour instruire sur le mystère, nourrir la foi et former à la vie morale.
  • la foi est aussi adhésion de l’intelligence à l’Évangile, et en même temps soumission de l’homme à Dieu par « l’obéissance » (Rm 6,17 ; 1,3) ; ce terme d’obéissance revient souvent chez Paul : dans la foi l’homme se confie à Dieu qui est fidèle à ses promesses ; et en parlant d’intelligence, on peut se demander combien sont les baptisés de nos communautés qui veulent approfondir leur foi ?
  • l’homme est justifié par sa foi qui est un don de Dieu et non par ses œuvres (Rm 1,17) ; et non par le baptême, pourrait-on ajouter en pensant à tous les catéchumènes qui voudraient être baptisés sans trop sentir le besoin de la parole de Dieu ;
  • par la foi, le croyant bénéficie de la promesse faite à Abraham (Rm 4,1-17), en étant incorporé dans le peuple des « croyants » ; ce mot de « croyants » revient souvent dans le Nouveau Testament ; nous sommes un peuple de croyants, sinon quel peuple sommes-nous ? personne ne peut « trouver » personnellement « son » baptême ;
  • la justice reçue par la foi est pardon des péchés (Rm 6,11-14), réconciliation avec Dieu et union à Jésus Christ ; en entrant dans la communauté par le Baptême, les croyants expriment solennellement leur foi, décision du cœur et confession de la bouche (Rm 10,10) ;
  • la foi est liée à l’espérance et à l’amour (Rm 5,1-5) ; en cette vie, la foi est vécue dans les épreuves au milieu desquelles le croyant doit tenir ferme ; elle n’est pas un trésor inerte mais une vie (Rm 1,17) qui sans cesse doit se développer (2 Co 10,15)

(Les citations sont tirées de la note et non pas du texte biblique lui-même).

Je vais m’arrêter là. Mon but était seulement de vous donner le goût de l’étude de l’Écriture. Cette étude devrait déboucher sur la prière ou « lectio divina », personnellement mais aussi en communauté.

Je souhaite à tous et à toutes un Joyeux Noël, et une Bonne, Heureuse et Sainte Année 2013.

† Jean-Claude Bouchard