L’enseignement catholique dans le diocèse de Pala

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Jardins au CET Baïdo

« S’il est un domaine qui mérite une attention spéciale dans un pays, c’est bien l’éducation. Elle est nécessaire pour l’épanouissement des personnes… mais elle est aussi importante pour un pays car c’est à l’école que se réalise d’abord une certaine cohésion sociale… Nous croyons que la collaboration [entre l’État et l’Église catholique] peut encore se développer pour le bien des populations » (CET : Message de Noël, n° 15.18).

Le Projet éducatif de l’Enseignement catholique au Tchad est clair : C’est un projet éducatif global, fondé sur l’ensemble des valeurs humaines et universelles qui construisent la personne et la société. Il est porté par une communauté éducative constituée des enseignants, des apprenants et de leurs familles, ainsi que des différents partenaires des établissements scolaires. Il s’inscrit dans la mission de l’Église (cf. Vatican II : Gravissimum Educationis).

Son objectif principal est de préparer les jeunes à entrer dans la vie adulte, en leur donnant la formation dont ils ont besoin, pour contribuer à transformer la société par leur travail manuel et intellectuel, à la lumière de l’Enseignement Social de l’Église.

Par l’Enseignement Catholique, l’Église du Tchad entend contribuer efficacement avec les autres institutions, pour que les droits primordiaux à l’éducation soient réalisés pour chaque enfant et dans chaque famille. Son caractère propre réside dans l’articulation entre la transmission des connaissances, l’apprentissage d’un savoir-faire, l’acquisition d’un savoir-être et le développement d’une vie spirituelle en vue de l’épanouissement de la personne dans toutes ses dimensions. Enseigner et transmettre des valeurs sont un seul et même acte. Cette spécificité et ces valeurs s’inspirent de l’Évangile et de la personne du Christ en tant que modèle de la personne humaine accomplie.

Les orientations générales :

  1. Une école ouverte à tous, avec une attention particulière aux plus défavorisés, et au vécu de chaque jeune.
  2. Une école qui enseigne en suivant le contenu des programmes officiels, mais avec le souci de former de futurs adultes ouverts et responsables qui trouveront leur place dans la société grâce à l’acquisition de compétences intellectuelles et technologiques.
  3. Une école qui éduque en tant que composante majeure du processus éducatif de l’enfant, sans se substituer à la famille, favorisant l’épanouissement harmonieux de la personnalité de chacun. Donc elle n’assure pas seulement une instruction, mais aussi une véritable éducation : respect de l’autre, esprit de service, amour de la vérité, aptitude à pardonner et à se réconcilier, goût du travail manuel et intellectuel bien fait, sens des responsabilités…
  4. Une école qui révèle l’homme dans sa dimension religieuse : éveil de la conscience spirituelle, connaissance et respect des religions, de la morale, du civisme…
  5. Une école qui agit en solidarité, en partenariat avec l’Etat, les associations de Parents d’élèves, les diverses organisations de développement… formant la communauté éducative de toute école catholique. Les jeunes et leurs parents participent aux diverses activités de la vie de leur établissement, en se sentant solidaires les uns des autres et responsables de leur avenir.

Collège des Filles à Gounou-GayaLes rapports de la rentrée scolaire 2010/2011

Au niveau secondaire, on a à PALA le Collège d’enseignement général et technique Elie Tao Baïdo dirigé par les Frères du Sacré-Cœur (fondé en 1999) qui rassemble, de la 6e à la 3e , 163 élèves (30 % de filles) et au second cycle de 3 ans, préparant au Brevet de Technicien Agricole (BTA) reconnu par l’État, 74 élèves (24 % de filles). « Au plan financier, l’établissement aura beaucoup de difficultés à assurer toutes ses obligations. Est-ce la dernière année de fonctionnement dans sa structure actuelle? Les dépenses pour le cycle technique sont très lourdes pour le peu de moyens que nous avons » (Rapport de rentrée 2010/11). Il faut rémunérer 19 enseignants dont seulement 2 sont fonctionnaires de l’État. Bien que le succès aux examens (BEPC et BTA) soit de 100 % en 2009/10, le Collège a du mal à atteindre le nombre d’élèves suffisant pour fonctionner. L’effectif a diminué de 40 élèves cette année. Est-ce dû au montant de la scolarité (50 000 F /an/élève du 1er cycle et 100 000 F/an/élève du 2d cycle) ? ou à d’autres exigences ? Contrairement à d’autres pays comme au sud Cameroun voisin, c’est un fait qu’il est difficile de rentabiliser un établissement scolaire au Tchad avec les seules ressources locales. Et l’aide du Canada ou d’Europe est en train de tarir !

On a aussi au niveau du 1er Cycle le collège professionnel agricole « Espoir » de KOUMI-BOUGOUDAN supervisé par les Sœurs du Sacré-Cœur de Bongor, et le collège professionnel agricole « Arche de Noé » de BADJE suivi par les Frères du Sacré-Cœur de Pala qui préparent au Certificat d’Aptitude Professionnelle Agricole (CAPA) qu’Église de Pala a présenté dans le N° 143. Ils rassemblent un peu moins de 100 élèves chacun. Ils sont dans la continuité des efforts pédagogiques fournis dans 10 écoles communautaires agricoles (enseignement de base), principalement dans la zone de Bongor, suivies par les Sœurs du Sacré-Cœur en partenariat avec les APE. Mais l’esprit d’entreprise ou d’insertion dans un métier manuel, surtout agricole, n’habite que peu et les parents et leurs enfants. Et pourtant, l’avenir de la jeunesse au Tchad – et même du pays tout entier - n’est-il pas dans cette direction?

A GOUNOU-GAYA, les Sœurs de la Ste Famille ont ouvert et dirigent un Collège destiné aux filles pour lesquelles la population se mobilise car elle en voit la nécessité. 76 filles étudient cette année de la 6e à la 3e avec 12 enseignants. La scolarité demandée aux parents est de 25 000 F par an, complétée par les dons que reçoivent les sœurs.

Au niveau de l’enseignement de base (primaire), selon le rapport de rentrée 2010-11, le diocèse compte sur son territoire 10 ECA composées ainsi :

ECA Élèves Classes

Enseignants
de l’état

Enseignants
communautaires
Badjé 523 9 2 7
Bissi Mafou 351 6 2 4
Domo Dambali 380 6 1 5
Fianga 420 8 (2 pré-CP) 2 6
Keuni 601 11 3 8
Koupor 259 6 0 6
Gounou Gaya 262 filles slmt 7 1 6
Moulkou 561 10 6 4
Séré 215 5 (1 CE1+2) 1 4
Djoumane 358 7 (2 pré-CP) 1 6
Total 3 930 (1668 filles) 75 19 56

ECA St Kisito de KEUNILes Enseignants de l’État sont affectés par l’Éducation nationale qui les rémunère comme fonctionnaires. Les Enseignants communautaires, recrutés par les APE pour pallier à l’insuffisance des affectations de maîtres de l’État (selon la convention État-ECA), sont pris en charge par les Associations de Parents d’Élèves, ce qui pose souvent problème du fait que le Ministre a déclaré que l’école doit être gratuite au Tchad et donc les Parents ne comprennent pas toujours et ils ont des difficultés à rassembler les sommes nécessaires.

A certains endroits où l’ECA était naguère unique, on voit maintenant un grand nombre d’écoles nouvelles, officielles ou privées, ce qui influe sur le recrutement des élèves, ceux-ci allant plutôt à l’école la plus proche de chez eux. L’ECA est donc appelée à offrir un Plus par la qualité de son enseignement et de son éducation si elle veut survivre. Les APE demandent un taux de participation à la scolarité relativement modique : entre 3000 F et 10 000 F par élève.

Les parents sont essentiellement des cultivateurs-éleveurs (2636), ou cadres et agents de l’administration publique ou privée (660), puis commerçants et hommes d’affaires (346), ouvriers et artisans (102)…

Les élèves sont 39 % catholiques, les autres protestants (1434) ou musulmans (375), ou de religion traditionnelle (564).

ECA St Jean de MOULKOULe matériel didactique est insuffisant à tous les niveaux : balance, globe terrestre, cartes, croquis en sciences, sans parler des manuels scolaires… Pour le matériel de jardinage, le besoin est aussi grand : arrosoirs, bêches, seaux, ‘puisoirs’, ‘coupe-coupes’… Il faut aussi du matériel de sport : ballons de foot, hand, basket, élastique (saut), sifflets, maillots… Le mobilier scolaire est souvent en mauvais état, les renforcements datant de 1996. Certains élèves sont mal assis faute de tables-bancs détériorés, usés à plus de 70 %. Ce mobilier ainsi que les bâtiments et latrines sont à la charge de l’Église locale qui reste encore très dépendante des apports extérieurs. Pendant un certain temps, on a pu recevoir une aide substantielle de la Conférence Épiscopale d’Italie (CEI) et aussi des financeurs européens du BELACD de Pala, en particulier MISEREOR, mais ces sources tarissent et les fonds disponibles actuellement ne permet pas de rénover, renouveler ou compléter tout cela, au détriment de la qualité de l’enseignement et donc au détriment des enfants. De plus, l’État tchadien est en-dessous des engagements du contrat « ECA ».

Malgré leurs faibles moyens, grâce à la détermination de parents et d’enseignants et du personnel diocésain de supervision (inspecteur, nouveau conseiller pédagogique, chargé du personnel et de la planification ainsi que des prêtres et sœurs des paroisses), les ECA vont essayer de poursuivre courageusement leur mission d’Église, avec la forte impulsion des évêques du Tchad.

Claude VICTOR